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Une lumière intense

Cette nuit là il a neigé, comme jamais auparavant.

A mon réveil, tout semble si différent depuis la fenêtre de ma chambre, la vue a entièrement changée. Comme si la maison avait été déplacée pendant la nuit dans un univers blanc et lumineux où la visibilité est quasi nulle, car plongée dans un épais brouillard. D'ordinaire on peu observer d'ici un petit étang avec son ponton en bois entouré par la végétation, mais aujourd'hui tout ça est invisibles, tout comme les grands arbres centenaires non loin de là.

Le soleil inonde cette immensité vierge, ne laissant rien transparaitre. Dans cette purée de pois on peu néanmoins distinguer en direction du ponton, une densité encore plus importante, comme un rideau blanc tendu là.

La neige donne l'impression d'avoir engloutie le relief sous son passage, tout parait plat et infini. 

Après avoir finalement émergé de mon sommeil, les yeux un peu plus ouverts, j'enfile un pantalon et prends la direction du rez-de-chaussé. 

La maison elle, est située en pleine campagne, il y règne donc généralement un silence agréable. La forêt juste à côté ainsi que le peu d'habitations autour y est pour beaucoup. La première maison doit être à cinq cent mètres d'ici.

Sans même prendre le temps de petit-déjeuner j'enfile mes habits d'hiver, veste, bonnet, écharpe et gants puis je me dirige vers la grande porte d'entrée en bois massif, qui doit être aussi vieille que la maison.

Les chaussures posées la veille aux pieds du vieux radiateur en fonte ont eu le temps de séchées et sont même encore toutes chaudes. J'ouvre la porte et m'avance sur le porche de la maison. Les oiseaux qui chantent, le vent dans les arbres, les rares avions survolant la région ... plus rien, un silence absolu, comme si la vie s'était arrêtée.

Contrairement à ce que je pensais, le froid qui s'était installé depuis le début de la saison à complètement disparu, il règne à cet instant une douceur digne d'un printemps précoce. Il fait tellement bon que toute les épaisseurs enfilées plus tôt finissent finalement sur le banc suspendu, à gauche de l'entrée. La terrasse qui fait le tour de la maison offre généralement une magnifique vue sur les montagnes, transperçant la foret de séquoia en contrebas, mais avec ce temps impossible de voir quoi que ce soit. Je m'y aventure, songeur, pour appréhender ce nouveau paysage si étonnant. Je fini le tour de la maison, pour retourner au niveau de l'entrée et descendre les quelques marches qui relient la terrasse au terrain.

Celles ci ont partiellement disparues, englouties par cette belle poudreuse immaculée. Et malgré la quantité astronomique de neige qu'il a dû tombé durant la nuit, mes pas ne s'enfoncent que de quelques centimètres à peine à chaque fois, étrange...

J'observe alors tout autour de moi comme pour essayer de reconnaître ce que je connais pourtant par cœur. L'allée en gravier qui relie la maison à l'entrée de la propriété, avec un grand portail en fer forgé et ses lustres tout du long. Entre les deux, un petit chemin en pierre prenant la direction du ponton, des buissons de chaque cotés, quelques bosquets, des plantes ainsi qu'un banc en bois taillé dans un tronc, qui avec le temps, commence à se camoufler dans la végétation.

Mais là, tout a entièrement disparu !

Suis-je encore en train de rêver, comment tout ça aurait pu disparaître en une seule nuit ?

Même les animaux qui sont si souvent présent dans les parages, les renards, les biches et même quelques sangliers, n'ont pas laissé la moindre trace de leurs passages.

Je continue néanmoins ma promenade en direction du bassin et du ponton d'où semble provenir cette vive lumière.

Pour être honnête j'ai du mal à comprendre ce qui est en train de se passer, tout ça semble totalement irrationnelle, on se croirait dans un film, ou un rêve plus vrai que nature. Mais finalement ma curiosité reprend le dessus et me pousse à avancé en oubliant mes inquiétudes.

Arrivé devant la plate forme surplombant l'eau, les lames de bois grisés par le temps, chacune espacée de quelques centimètres donnent l'impression d'avoir disparues elles aussi sous un épais nuage blanc sur lequel je viens flotter. 

Pour faire le moins de bruit possible mes pas se font léger, évitant ainsi de briser ce silence si enveloppant, presque rassurant. A présent plonger dans ce profond brouillard, le bois lui grince à peine moins qu'à son habitude, les roseaux qui longent les premiers mètres du ponton me paraissent quant à eux, presque flotter, comme des plumeaux blanc jaillissant de nul part. La barque en bois vernis attachée au ponton est, elle aussi, à peine visible, immobile et remplie de neige jusqu'à ras bord, seul le pourtour de la coque ainsi que le sommet des pagaies sont visibles.

Vingt mètres plus loin il y a l'autre extrémité du ponton, impossible à observer d'où je me trouves. L'étang lui n'est pas geler, il est paisible, le brouillard se reflétant dedans, on a l'impression que l'eau elle même a disparue tellement l'effet miroir est parfait, seul les carpes koï me rappellent la réalité toute relative des choses.

Maintenant au milieu du ponton, il m'est quasiment impossible de voir quoi que se soit, les lames de bois recouvertes de neige se fondent dans cette masse aussi blanche qu'elles. Marcher sans repère commence à devenir très déstabilisant, j'ai comme l'impression d'être un funambule dans les nuages.

Mon avancé se fait à tâtons, et après encore quelques pas, je finis par me rendre compte que même le plancher sur lequel je marche ne fait plus aucun bruit, seul ma respiration vient interrompre cette magie silencieuse.

Cet endroit à toujours été pour moi un lieu paisible, celui où j'aime venir me détendre après une journée de travail, les pieds dans l'eau, boire un verre en compagnie de la nature et du bruit de l'eau, méditer ou simplement m'allonger à même le plancher, une main caressant la surface de l'eau.

Ce lieu qui, jusqu'à présent m'a apporté tant de bonheur, de réconfort, cet endroit, je ne le reconnais même pas.

Et malgré la situation étrange que je suis en train de vivre, l'absence total de repère, ce silence absolue et surtout cette lumière vive semblant venir de nulle part, je dois avouer que je me sens en sécurité au fond de moi, comme totalement à ma place.

Le ponton me parait deux fois moins long que dans mes souvenirs, ou alors est-ce dû à mon pas lent et aérien... mais finalement, j'arrive enfin au bout.

Maintenant presque aveuglé par cette lumière, mon seul point de repère est la noirceur de l'eau qui me permet de garder les yeux entrouvert. L'étang apparaît comme totalement éteint, une obscurité si intense dans cette immensité éclatante.

Un genoux au sol, puis le second, impossible d'apercevoir le fond, même les poissons ne sont plus là.

Les mains en avant pour me pencher encore un peu mieux, jusqu'à voir mon visage au dessus de l'eau.

Ce qui m'apparais à cet instant, me surprends au plus au point, je suis stupéfait. 
Mon visage, mes mains et mon corps tout entier, je reconnais leurs silhouettes, je sais que c'est bien moi que je suis en train d'observer, mais tout ce que je vois c'est une forme, d'une luminosité aveuglante, une véritable abondance d’énergie.

Je reste immobile, sans vraiment comprendre comment ni pourquoi, puis je regarde autour de moi comme pour essayer de retrouver mes repères, un peu de stabilité dans toute cette agitation de pensées. Mais à cet instant, plus rien, je suis sonné.

La lumière derrière la brouillard, elle a disparue. Et le brouillard lui, ressemble, à du brouillard, ordinaire, gris et terne, rien de plus.

Je comprends alors que cette lumière si aveuglante que j'observe depuis le début, qui donnait à ce paysage cette impression de rêve fantastique, celle que je croyais venir d'un ailleurs, vient en réalité de moi.

Texte écrit par Hugo Bassan
 

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